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Tunisie : le « sport d’Etat » contre le
sport
Le
sport et plus particulièrement le football, est devenu un élément
incontournable pour les pouvoirs politiques. Souvent ressenti
et utilisé comme porte-drapeau des nations, il constitue une
composante majeure des politiques intérieure et étrangère
de notre pays.
Il est vrai que ce phénomène n’est pas une spécificité
tunisienne, le ministre des affaires étrangères du Nigeria,
Adefope, disait « la philosophie qui veut que sport
et politique ne se mélangent pas est spécieuse et hypocrite.
Les exploits sportifs sont aujourd’hui utilisés comme étalon
de la grandeur d’une nation »
( voir Caliméro, sport et politique, n°20,
juin 200 ).
En France, Jacques Chirac et Lionel Jospin n’ont jamais été
si hauts dans les sondages que lors de la dernière coupe du
monde organisée et remportée par la France en 1998.
Toutefois, l’instrumentalisation du sport à des fins
politiques prend une autre dimension et atteint son paroxysme
dans les régimes autoritaires.
Le fascisme italien a inauguré cette pratique en exploitant
politiquement à outrance le football. Les fascistes pensaient
que le football permettait de rassembler dans « un espace
propice à la mise en scène, des foules considérables,
d’exercer sur celles-ci une forte pression et d’entretenir
les pulsions nationalistes des masses » ( Caliméro,
ibid ).
Le nazisme imitera le régime mussolinien et profitera
de l’organisation des jeux olympiques en 1936 à Berlin pour
déclarer par le biais de Funk, un assistant de Goebbels
« les jeux sont une occasion de propagande qui n’a
jamais connu d’équivalent dans l’histoire du monde »
( Caliméro, ibidem ).
Le
régime tunisien se sachant impopulaire aux yeux de ses
administrés et à la recherche désespérée d’une légitimité
politique, a voulu faire du sport et notamment du football un
lieu de compensation et une source de légitimation.
( manque de moyens, désertion des
stades, inégalités criantes entre les régions et les clubs
qui y sont issus, violence dans et en dehors des
stades…etc.)
Le sport tunisien connaît depuis des années une crise
structurelle due essentiellement à l’association de
l’autoritarisme politique et de la corruption dans la
conduite de ses affaires. La flambée de violence qui a secoué
l’espace sportif tunisien ces derniers temps ne serait que
la partie apparente de l’iceberg de frustration, de perte de
repères et de ras le bol d’une jeunesse tunisienne désenchantée
comme elle ne l’a jamais été.
L’autoritarisme qui avait déjà altéré
d’autres espaces de la société tels que l’information,
la justice ou bien encore la vie associative, est en train de
produire les mêmes effets et de provoquer les mêmes dégâts
dans le domaine du sport. comme bien d’autres en Tunisie, est de plus en plus incertain et aléatoire,
puisque ne répondant plus à des critères objectifs…Le
jugement est altéré, l’arbitraire fait fonction de loi.
Dr.
Chokri Hamrouni
Lire
aussi:
Football
et politique à Tunis - Franck
MOROY ( Article
paru dans Correspondances bulletin scientifique de l'IRMC )
Liens:
Sites
Sportifs tunisiens
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