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Démarche méthodologique :
Une approche plurielle : La
Multiréférentialié
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"Il
ne peut y avoir un compte rendu unique, définitif, et
complètement objectif d'une totalité humaine." R.
Readfield |
La mondialisation traduit les changements de toutes sortes
apportés par cet échange généralisé à l'ensemble de
l'humanité. Tout s'accélère et il y a même «accélération de l’accélération » selon M.Beaud.
Les développements technologiques entraînés par le
développement scientifique ont beau conduire à la
rationalisation et à la simplification de beaucoup
d'opérations, leur impact général entraîne, on a fini par
le reconnaître, une complexité et une interdépendance de
plus en plus grandes de nos activités.
Désormais, les individus et les groupes
peuvent se situer stratégiquement selon un niveau
supplémentaire, tant pour faire un horizon d'espérance que
pour vilipender la mondialisation dans le cadre de stratégies
politiques identitaires. C'est en ce sens que l'on peut dire
que la mondialisation « s’internalise » dans la vie de
l'individu comme de toutes sociétés.
Toutefois, ce changement introduit dans nos
systèmes complexes (sociaux, culturels, économiques et
politiques) des situations diachroniques. Les faits
économiques et les technologies évoluent extrêmement vite.
Les idéologies évoluent lentement, les institutions très
lentement, et les valeurs sur lesquelles se fonde notre
humanité plus lentement encore, souligne Pierre Calame.
Cette diachronie peut se révéler
dangereuse. Les idéologies, les représentations a priori que
nous nous faisons de la réalité sont décalées par rapports
aux faits. La société apparaît désormais moins lisible,
plus difficile à décrypter.
Tout se passe comme si une partie de la
réalité passait à travers les mailles, pourtant très
serrés, des chiffres produits par les diverses institutions
statistiques, et des analyses fumeuses de disciplines
scientifiques de plus en plus abondantes. Du coup, nous nous
heurtons à une véritable difficulté de déchiffrement
global, qui est une autre facette du déficit de
représentation dont souffre la société. D'où, le sentiment
que l'on passe d'une différenciation « dure » à une
différenciation « floue » où la plupart des actes de la
vie quotidienne échappent à une codification précise. D'où
aussi un certain désarroi du sociologue habitué à compter
et à classer pour déchiffrer le social et rendre lisible le
mouvement des choses, reconnaissent J.-P. Fitoussi et
P.Rosanvallon (1996).
Les sciences de l'Homme, bien que
considérées comme l'expression d'une intelligence humaine avancée,
donnent l'image d'un monde figé, stéréotypé, enclin au
conservatisme et ce au moment, où
d'autres acteurs de la société
(économiques, politiques, sociaux) ne cessent d'évoluer et
de se doter des attributs de l'efficacité et de la continuité face à une mondialisation qui ne fait que balayer
l'archaïsme et l'immobilisme.
A l'heure où la complexité et
l'interdépendance sont devenues les maître-mots de notre
époque, les tenants du savoir scientifique restent
viscéralement opposés à toute révision des frontières
établies à partir du découpage disciplinaire de jadis,
opérant selon le dogme classique de la pureté, de la
simplicité et de la transparence possibles des faits ou
états, idéalement invariants ou dont les variations
éventuelles pourraient toujours être étroitement
contrôlées.
En refusant l'évolution, la cité savante
a fait montre d'un « intégrisme scientifique » manifeste et
d'un comportement identitaire et chauvin qui jette du
discrédit quant à ses prétentions universelles. La
classification des individus, des groupes, des peuples et des
nations selon leur degré de rationalité est une pratique
courante au sein de la communauté savante. La science est
devenue, à cet égard, une machine à exclure usant des
préjugés et autres jugements de valeur qu'elle prétendait
combattre.
J.Ardoino ( 1996 ) stigmatisait la tendance
simplificatrice à outrance, qu'il considère comme le
véritable danger des temps modernes. Elle a, selon lui,
plusieurs formes: les formes extrémistes, les formes
fondamentalistes, la post-modernité avec son aspect new age
(le conformisme, le politiquement correct), et Ardoino
d'ajouter que ces phénomènes sont épouvantables parce
qu'ils sacrifient l'esprit et consentent à une forme bête
d'abaissement critique. « Le germe de toute tyrannie est dans
le refus de la complexité », disait-il.
Le rôle majeur des intellectuels et des
chercheurs est de faire avancer la connaissance scientifique
dans tel ou tel domaine, et de contribuer à modifier les
représentations du monde. Pour l'instant, ils ne le jouent
pas assez, soit qu'ils s'enlisent dans des analyses trop
spécialisées (Edgar Morin ironisait: la sur-spécialisation
produit des super-imbéciles), soit qu'ils se bornent à
projeter sur des faits qui leur échappent complètement des
idéologies, des théories ou des paradigmes pré construits.
Nul doute que l'analyse de la
mondialisation se décline en premier lieu du point de vue
économique. Il n'en demeure pas moins que ses effets sont
autant visibles dans des champs aussi différents
qu'interdépendants (le social, le politique, le juridique, le
philosophique, l'historique, l'éthique et le culturel).
Pour en mesurer les impacts, nous avons
besoin d'une approche très globale, mais nous ne disposons
pas d'une méthode véritablement adéquate de calcul et de
conceptualisation.
Pour sortir de ces impasses, il faut se
débarrasser des clichés usuels et tenter de porter des
regards pluriels et plus approfondis sur la réalité. Et ce
n'est pas si simple. Force est en effet de constater: la
réalité apparaît désormais moins lisible, plus difficile
à décrypter.
L'un des objectifs assignés à ce travail
consiste à promouvoir une approche plurielle, conçue pour
appréhender la réalité dans sa complexité. Il s'agit de
l'approche multiréférentielle considérée par son
concepteur Jacques Ardoino (1992), comme une "manière de
voir et d'écouter" selon plusieurs perspectives. Une
perspective centrée sur l'individu, sur l'interrelation, sur
l'organisation et sur l'institution. Les concepts
d'articulation, de repérage, de distinction, d'altération,
d'autorisation, de conflit, d'ambivalence et d'ambiguïté, d'équivocité,
de dialectique, de négatricité, de temporalité,
d'imaginaire, d'institution sont au cœur de cette approche.
La multiréférentialité prend à bras le
corps la question de la temporalité des pratiques humaines.
Elle s'inscrit d'emblée dans une existence concrète où
passé, présent et avenir sont en interaction permanente.
Elle allie synchronie et diachronie et ne dissocie pas le
temps de l'espace, même si elle sait les distinguer pour les
articuler. Sont ainsi pris en considération les espaces-temps
historique, social, économique, politique, culturel,
psychologique, biologique, cosmique.
Guy Berger (1994), quant à lui, estime que
"l'idée de multiréférentialité" part elle de
l'idée que l'objet est effectivement susceptible de
traitements multiples, en fonction de ses caractéristiques,
mais aussi des modes d'interrogations des différents acteurs,
et que cette multiplicité est radicale. Chaque approche,
chaque référent est comme la limite de l'autre Ce qui fait
donc la spécificité de la multiréférentialité, ce n'est
pas la complémentarité, l'addictivité, la visée d'une
transparence espérée et donc d'une maîtrise possible, mais
l'affirmation d'un deuil nécessaire, de l'impossibilité d'un
point de vue de tous les points de vue et l'affirmation de la
limitation réciproque des divers champs disciplinaires. Il y
a plusieurs champs de références possibles, aucun n'épuise
l'objet, aucun surtout ne peut être réduit à un autre
champs, où aucun ne peut être explicatif d'un autre
champ"..
Par approche méthodologique, nous
n'entendons pas cet univers clos réservé à quelques hommes
de science, génies chanceux ou forcenés de la méthode. La
démarche méthodologique n'est pas et ne doit pas être un
sanctuaire qui isole les chercheurs du reste du monde, sous
prétexte de les préserver contre l'irrationalité de « l’Homme
de la rue ». C’est une expérience de vie qui, au-delà des
cadrages scientistes, implique un ensemble de contradictions
où se mêlent passion et rigueur, subjectivité et
objectivité, implication et distance critique.
Il nous faut donc une approche qui institue
une vraie culture du pluriel et qui tient compte de la
complexité de la réalité tunisienne en particulier, et
humaine en général.
L’approche multiréférentielle est de ce
point de vue une avancée révélatrice de l’énorme
potentiel intellectuel dont disposent les sciences de l’Homme.
Elle sera notre démarche pour mieux appréhender la réalité
tunisienne. Plusieurs outils de travail ( sondage,
questionnaire, entretien, analyse de contenu, analyse
documentaire, démarche ethnographique, test, approche
comparative, approche historique…), plusieurs concepts et
paradigmes ( analyse systémique, analyse fonctionnelle,
individualisme méthodologique, approche compréhensive et
explicative…), plusieurs acteurs ( chercheurs, experts,
journalistes, analystes, politiciens, étudiants, militants,
citoyens ordinaires…); seront mobilisés et associés pour
participer à la construction de la Tunisie nouvelle, libre et
démocratique.
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