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par
Majid BOUDEN
Le Budget de l’Etat
- s’il reflétait la situation exacte et sincère des
états financiers
du pays -permet aux Citoyens, aux opérateurs économiques
locaux et aux partenaires financiers extérieurs :
-
de constater la situation
financière, statistique, économique et sociale réelle du
pays,
-
de prendre acte des choix chiffrés
de la politique économique du Gouvernement, de l’Etat et du
Pouvoir qui dirigent le pays,
-
particulièrement aux Citoyens ,
de percevoir leur
présent immédiat et surtout leur avenir proche et à terme
,en constatant les
obligations et les remboursements que les gouvernants mettent
à leur charge et à la charge des générations « futures »
( enfants et jeunes , non encore imposables postulant à terme
à entrer dans la vie active) et qu’elles doivent les payer
par des impôts futurs.
L’examen du Budget de l’Etat n’a de
sens que si les Citoyens peuvent exercer et exercent un contrôle
réel et effectif sur les choix des gouvernants ( le pouvoir
exécutif - législatif).
Le Budget de l’Etat 2002
Prima face (selon son apparence) :
Dans l’hypothèse où les chiffres
mentionnés soient exacts- alors que c’est le contraire qui
est établi-, il est à constater, pour le budget de l’Etat
pour l’année 2002, que :
- Tous
les indicateurs fondamentaux, particulièrement, le taux
de croissance de l’économie, les exportations des biens
et services ,sont en chute libre de
quasiment 30%
soit environ 1/3.
- La
perte de « ces ressources d’exportation »
est alarmante en soi et en comparaison à une « stabilité »
apparente et continue pendant les 5 dernières années
(selon les mêmes chiffres officiels déclarés) . Cette
perte est prévisible et rien n’a été fait pour
l’enrayer. Ce secteur essentiel étant effectivement
sinistré. Plusieurs entreprises ne peuvent échapper à
la faillite ou seront mises sous perfusion artificielle et
sous assistance financière. Ce qui créera un effet de
spirale dans le secteur bancaire, déjà mal en point, et
dans les activités de fournisseurs et de sous traitants.
Les conséquences sociales dès lors inéluctables se sont
traduites par une augmentation de chômage (lui faisant
battre des records de plus en plus hauts et de moins en
moins tolérables) et par une
perte de pouvoir d’achat pour grand nombre de
salariés restants. Conséquences réelles mais que
l’on ne retrouve pourtant pas dans les statistiques
officielles ( !).
- La
chute du taux de croissance de l’économie de 1/3, veut
dire que globalement il y a une perte de ressources
importante pour l’ensemble de la population, qui se
traduira selon la catégorie, soit par une augmentation
sensible du chômage total ou partiel, soit par une
diminution de salaires et du pouvoir d’achat à prix
constants soit par une hausse ventilée des prix à la
production et à la consommation. L’augmentation du chômage
et l’augmentation des prix provoquent chacun, à son
tour, une baisse de la consommation, laquelle provoque une
baisse de la production et donc une augmentation du chômage,
amorçant une aggravation de la
récession. Les statistiques officielles
mentionnent que le taux du chômage est de l’ordre de
15-17% ,les chiffres officieux le place à 30-35%.Mais si
on considérait les petits boulots au noir ,sans
protection sociale et de simple subsistance ( plutôt de
survie),le chômage ( la non activité auto-suffisante à
minima) représenterait plus des 2/3 de la population
active potentiellement productrice .
- La
question fondamentale face à une chute du 1/3 du taux de
croissance est de savoir si cette perte est conjoncturelle
et provisoire ou si elle est structurelle et donc durable
avec un risque d’aggravation
.Il s’agit de savoir en conséquence quelles
mesures ont été prises pour enrayer la chute et quelles
ressources ont été mobilisées pour redresser la
situation ?
Cette perte a
été expliquée par la conjoncture d’après le funeste 11
septembre 2000 et le ralentissement de la demande extérieure
sur la production tunisienne due au « ralentissement »
de l’économie mondiale et surtout celle de nos partenaires
européens. Or, ralentissement de l’économie mondiale et
européenne veut dire ralentissement du tourisme vers la
Tunisie et diminution du pouvoir d’achat et des ressources
des travailleurs tunisiens à l’Etranger et baisse des
transferts financiers des travailleurs vers la Tunisie.
Pourtant, il est prévu de compenser la
perte des exportations tunisiennes (due à la récession
mondiale) par une augmentation de près de près de 20% des
ressources provenant des transferts des travailleurs tunisiens
à l’Etranger et du tourisme d’Europe (lesquels ne
seraient pas par enchantement touchés par cette même crise
mondiale !).Alors que pendant la période de croissance
mondiale durant les 5 dernières années,1997-2001, les
statistiques officielles présentent ces transferts comme
ayant été constants ,donc compte tenus de l’inflation réelle
et de la baisse continue du dinar ,ceci représente une baisse
sensible et préoccupante de la ces transferts. Les prévisions
de leur augmentation sont tout simplement inconcevables et ne
servent qu’à justifier des ressources budgétaires fictives
et un maquillage des chiffres et des statistiques
aussi stupide que stérile et trompeur.
Tous les
indicateurs économiques et surtout l’aggravation de
l’endettement extérieur et le niveau des créances
bancaires irrécouvrables, longtemps dissimulées, indiquent
qu’il s’agit d’une crise structurelle profonde. Les
ressources de compensation de ce déficit de croissance et de
cette perte sont non seulement inexistantes mais entretiennent
des illusions artificielles et trompeuses.
- L’Exportation
de textiles dont le budget officiel admet une baisse
d’environ 30%, le tourisme et
les transferts des travailleurs de l’Etranger, en baisse réelle
d’au moins d’autant,
constituent pour l’ensemble de ces trois secteurs, la moitié
des recettes courantes (recettes en devises) des pays. Ceci
indique que les recettes courantes
sont nécessairement en baisse d’environ autant. Rien
n’indique que l’autre moitié des recettes courantes
enregistre un rendement positivement différent ou en
progression.
- Alors
que la croissance diminue et l’économie enregistre des
pertes de production et de recettes, la consommation
publique et privée augmente de l’ordre de 8 à 10%.
Mais aucune
mesure n’a été prise pour enrayer la chute de la
production. La liste des entreprises « en difficulté »
s’allonge. Les prédateurs protégés organisent de surcroît
la mise en difficulté des entreprises pour les racheter ou
pour les écarter de la concurrence ou pour punir celles qui
ne paient pas assez la « protection » contre le
fisc, la sécurité sociale, la douane, la police ou la
justice.
De surcroît,
au lieu de restructurer l’économie par le paiement des créances
irrécouvrables, seule condition de renflouer le secteur
financier, instrument indispensable pour relancer la
production et
l’exportation et réduire l’endettement, les gouvernants
actuels choissent d’augmenter la pression fiscale qui sera
élevée à 21% , d’après les chiffres officiels
.C’est à dire la pression la plus forte depuis la prise de
pouvoir par les gouvernants actuels. D’après les chiffres
officiels, les impôts à la source(salaires et traitements)
augmentent de 11,4 %,les impôts indirects ,la Taxe à la
valeur ajoutée ,les droits de douane ,la taxe à la
consommation de 6,5% ,les impôts indirects (sur les sociétés)
de 10,9 %,donc en moyenne une augmentation des impôts
d’environ 10%.Ce
chiffre est énorme et ne peut être supporté par la
population et par les entreprises. Il représente une baisse
du pouvoir d’achat de la population non pas de 10 % mais
bien d’avantage. A ceci, s’ajoute la pression « fiscale »
supplémentaire du « 26-26 »
et autres « fonds » qui
servent à faire des ponctions incontrôlées et
incontrôlables sur la population et dont la destination des
prélèvements est inconnue
ainsi que les détournements des richesses ainsi
accumulées et de leurs affectations réelles.
- Alors
que la production de richesses baisse d’environ 30% et
que la consommation augmente de
10% (entre autre par l’effet de l’augmentation de la
population),d’après les chiffres officiels, le pouvoir
politique choisit de privilégier le budget de la police et de
l’armée (Plus de 1000Millions de dinars tunisiens /MDT) en
l’amenant au double du budget de la santé publique (environ
500MDT) . Il est à noter que l’argent public dépensé sur
les services de sécurité ( à l’instar en partie des dépenses
de la Présidence de la République) n ‘est
pas comptabilisé uniquement dans le budget du Ministère
de l’intérieur mais est
camouflé dans divers budgets et comptabilités
(d’autres ministères, Banque Centrale et autres entreprises
publiques et entreprises privées « de couverture »
et autres fonds secrets).Ce choix est révélateur de la véritable
orientation politique privilégiant l’ordre sans
discernement au bien être de la population. La diminution
constante du budget
des étudiants passant,
selon les chiffres officiels , de 2044MDT en 1997 à 1785 MDT
en 2002 ,indique que le pouvoir a fait le choix de ne pas
investir dans l’avenir du pays et donc dans sa jeunesse et
dans ses forces vives. Ceci hypothèque sérieusement
l’avenir du pays.
- Le
budget 2002,
à l’instar des précédents, privilégie les dépenses
de gestion ( 2/3 des dépenses
globales) par rapport aux dépenses de développement (1/3) et
fait progresser les premières plus vite tout en
comptabilisant des frais de gestion
sur dépenses de développement. Des frais de gestion,
les 2/3 sont attribués à des masses salariales dont une
partie importante concerne des fonctionnaires de sécurité.
Pour 2002, plus de 10.000 nouveaux fonctionnaires seront
recrutés, en grande partie pour les services de sécurité.
Aucune perspective de production. L’obsession est de garder
le « temple », le Pouvoir. Les dépenses de
gestion représentent la moitié des dépenses publiques et
10,54 % du PIB. Cette proportion est anormale et indique que
sous couvert de liberté (pour certains),l’économie
tunisienne est de type dirigiste avec un poids disproportionné
de l’Etat 5 avec des besoins sécuritaires anormaux et cancérigènes).
Outre la
dichotomie artificielle entre les types de budget de gestion
et de développement permettant des tour de passe –passe
comptable et d’affectation,
il est clair que l’effort d’équipement et de développement
économique et social est relégué à un plan secondaire et
la priorité est de faire fonctionner la machine « économique » en
apparence sans se soucier du renouvellement de l’appareil de
production ,de l’augmentation du pouvoir d’achat de la
population et de la mise à niveau économique du pays pour
participer à la concurrence internationale dans la
mondialisation et particulièrement à l’accord
d’association avec l’Union Européenne (dont un budget spécial
fût alloué à la Tunisie pour la mise à niveau de ses
entreprises mais dont aucun contrôle n’a été exercé
efficacement sur son utilisation).
-
la
perte des recettes explique
le déficit de l’économie, lequel est partiellement
reflété dans le déficit
du budget . Le déficit courant a doublé sur les cinq dernières
années, passant, si on assumait théoriquement que les
chiffres officiels soient exacts, de 680 Million DT en 1997 à
1310 Million DT en 2001.Aucune
ressource n’est prévue pour combler le déficit qui double
à vue d’œil et qui enfonce d’avantage
le pays dans la spirale de l’endettement sans
perspectives de s’en sortir réellement. Le présentation
déficitaire reconnue officiellement
du budget 2002 représente une expression partielle du
déficit courant et du déficit réel de l’économie
tunisienne. Le
déficit courant représente environ 5% du Produit Intérieur
Brut (PIB) du pays. Ceci
représente un handicap structurel sérieux de l’économie
tunisienne et aucun
remède effectif dans le budget ou ailleurs n’est prévu
pour le juguler. Le déficit exprime une dette, non payée et
donc qui augment mais qu’il faudra bien finir par payer.
L’astuce est qu’elle ne sera pas payée par ceux à qui
elle aura profité. C’est un élément insidieux de
transfert occulte de richesse et de pillage économique
insidieux et soft. Le racket, organisé par les hommes du
pouvoir , non seulement obère les finances publiques par le
non paiement et un manque à gagner dans les recettes fiscales
et douanières ,mais constitue un détournement de biens
publics au profit d’une mafia privée qui a confisqué
l’Etat. Certains opérateurs économiques se trouvent sous
la contrainte et « croient « s’en sortir à
meilleur compte en payant les mafieux qui leur font éviter
les taxes étatiques
et qui les protègent contre l’Etat, lequel se trouve spolié
et démuni de ses recettes et de ses moyens de recouvrement.
Le pouvoir actuel organise ce détournement au profit de ses
membres. L’Etat est privatisé au profit des gouvernants.
L’Etat est confisqué par le Pouvoir. Le redressement des
finances ne peut passer que par le rétablissement des
fonctions de l’Etat et de ses recettes et par l’établissement
de l’autonomie de l’Etat
par rapport au pouvoir
politique et économique et son traitement comme
sujet de droit avec
des obligations et des droits normaux et comme justiciable
soumis au droit et à une justice indépendante locale et
internationale. Le rétablissement de la perception des
recettes de l’Etat par l’Etat et le remboursement des
« recettes » détournées par la mafia
fera diminuer sensiblement le déficit
et l’endettement et amorcera le rééquilibrage des
finances publiques.
- Les
avoirs en devises, d’après les statistiques officielles
sont restés constants durant les 5 dernières
années et couvraient de 1997 à 2001 environ 90 jours
d’importation. Reste à savoir quels produits ont été
importés pendant les 90 à jours ? Comme la population
augmente ainsi que ses besoins et la qualité des
importations, donc leur coût
et en tenant compte de la baisse de la valeur du DT et
de son pouvoir d’achat, il est à constater que la
couverture des importations en valeur réelle et en richesse
effective a forcément baissé. La décision budgétaire 2002
officielle indique que les réserves en devises ne
couvrent que 65 jours d’importation.
Dans les économies
en développement en croissance effective le taux de
couverture des importations est de l’ordre d’une année
d’avance, soit 365 jours au minimum. Pour les économies
fragiles, le seuil de sécurité se situe à 100 jours de
couverture minimum. L’économie tunisienne à partir de 2002
rentre avec ses 65 jours (le taux réel est en deçà) dans
une zone de turbulence économique avec des conséquences
sociales de pénurie et de paupérisation et des conséquences
économiques difficiles sur l’approvisionnement de la
production et de la consommation. Le Pouvoir décisionnel
ultime, ne pouvant satisfaire toute sa clientèle
et ses factions, se retrouve dans l’obligation
d’arbitrer entre ses différentes
composantes et de mécontenter une partie de sa clientèle
qui verra ses intérêts menacés et un phénomène de
concentration du profit économique entre des mains de moins
en moins nombreuses. Le racket pour obtenir les « droits »
d’importation va être plus agressif et plus onéreux. Le
marché noir va se développer d’avantage et sera accompagné
du rituel trafic douanier et fiscal et la recrudescence du
blanchiment et du recyclage de l’argent mafieux. Le problème grave est que le Gouvernants de la Banque
Centrale de Tunisie,sous les instructions de la Présidence de
la République , disposent des réserves en devises du pays de
façon discrétionnaire sans aucune règle de gestion et sans
aucun contrôle a priori ou à posteriori . C’est
l’arbitraire le plus absolu. C’est instrument d’exercice
du Pouvoir et du pillage économique dans l’intérêt des détenteurs
du Pouvoir. Ceci est une dérive institutionnelle qui menace
gravement les intérêts et la sécurité économique des
citoyens et du pays.
- Le
déséquilibre chronique du budget et le choix délibéré
de ne pas restructurer l’économie
du pays par l’allègement de la dette extérieure et la réorientation
des choix économiques
intérieurs amènent immanquablement
la Tunisie à s’endetter d’avantage et à faire
face à des besoins financiers extérieurs de plus en
plus coûteux à terme d’échéance de remboursement. Ces
besoins s’élèvent, selon les statistiques officielles, à
3200 Millions DT. Cette somme devra servir au remboursement de
la dette extérieure essentiellement pour un montant de 1740
MD soit plus de la moitié et de palier à la variation des réserves
en devises, ( selon les statistiques officielles de 150 MD),
donc essentiellement à palier à la chute constante du dinar
tunisien par rapport aux devises internationales. Près des
2/3 des besoins financiers extérieurs serviront à
payer les dettes. Ce sont des sommes que la Tunisie se trouve
désormais obligée à rembourser et donc ,selon les choix
budgétaires ,de faire un nouvel emprunt à l’Etranger pour
payer quasi immédiatement à l’Etranger (ces anciens
emprunts et leurs intérêts). La Tunisie s’enlise dans une
spirale d’endettement. Le Fond Monétaire International
(FMI) a exigé des autorités tunisiennes de rétablir
les réserves en devises à un niveau
minimal de 3.200 MD soit 2,2 Milliards de Dollars US.
Les réserves officielles n’ont pu atteindre au 31 /10/ 2001
que 2.341 MD, la situation ne s’est pas réellement améliorée
depuis. Les autorités politiques et monétaires ont décidé
de financer les besoins extérieurs pour boucler le budget
2002 (avec de surcroît un
déficit budgétaire) en faisant recours à la demande de dons
pour 150 MD, en espérant des investissements directs et
particuliers de 750MD et en contractant des emprunts publics
de 1200 MD et des prêts sur les marchés commerciaux et
financiers internationaux de 1100 MD .Ceci afin de réunir le
total des besoins de 3200 MD nécessaires. Les besoins
financiers structurels de l’économie telle qu’elle est
officiellement chiffrée s’élèvent à 3,5 Milliards DT en
moyenne par an actuellement. Ce chiffre est appelé à
augmenter automatiquement. L’endettement
s’aggrave. La politique de remboursement consiste à
seulement faire d’autres emprunts pour payer par divers
moyens (obtention de dons gratuits, ventes de biens publics
par privatisation emprunts publics et privés). C’est la
fuite en avant.
Il
est à noter le caractère anachronique et humiliant au début
du 21 Siècle de toujours tendre la main pour recevoir de
l’argent gratuitement. Ceci prouve que l’économie
tunisienne non seulement ne
va pas bien mais va mal et
a toujours besoin d’assistance et de perfusion. La
Tunisie est ramenée à mendier. Les dons ne vont pas aux
infrastructures mais sont détournés indirectement entre
autres pour rembourser les crédits octroyés sans garanties
effectives aux favoris
du pouvoir et que ces derniers, en toute impunité, ne veulent
pas rembourser. Plus un homme du Pouvoir ou proche du Pouvoir
est fort, plus il est assuré et il réussit à ne pas
rembourser ses dettes. Le non - remboursement des dettes est
le signe de la puissance et de l’impunité et de la réussite.
L’attraction
des investissements privés est de plus en plus compromise.
Selon les statistiques officielles, seulement 630 MDT en 2001
contre 757 MDT en 2000 soit une chute d’environ
¼ . L’année 2002
s’annonce plus difficile à la lumière de la chute
du taux de croissance de 1/3 et de la crise mondiale et ne
pourra par conséquent pas voir des investissements de 750
MDT. La chute des investissements se double d’une crise de
confiance dans le régime tunisien actuel
du fait des problèmes que rencontrent de plus en plus
les investisseurs internationaux. Aucune décision judiciaire
étrangère contre les parties tunisiennes n’a été exécutée
spontanément. La Tunisie consacre des sommes importantes à
s’opposer aux investisseurs internationaux. L’image de la
Tunisie se ternie. Les investisseurs sont soumis au racket et
au prélèvement de commissions astronomiques qu’en fin de
course la Tunisie doit payer. C’est un élément du pillage
économique du pays et de la corruption qui ronge le pays. La
Tunisie s’appauvrie. Les pilleurs organisent
l’appauvrissement de la Tunisie dont ils tirent des profits
aussi illégitimes qu’énormes. Profits importants dont la
restitution suffira à l’économie tunisienne de rembourser
ses dettes et d’amorcer un développement qui élèvera le
niveau de vie de toutes les couches sociales de la population.
Les
investissements privés sont des transferts financiers de
l’Extérieur soit pour créer des entreprises nouvelles soit
pour acheter des entreprises existantes publiques ou privées,
dans la perspective de les développer. Généralement, ce
sont des entreprises publiques à privatiser. Ce sont des
biens nationaux à vendre, l’équivalent des « bijoux
de famille » pour les personnes physiques. Le produit de
la vente aux investisseurs extérieurs ou à des acheteurs
locaux, doit servir à financer le futur des populations
( renforcement des fonds de retraites, etc..). Or, les
produits des privatisations depuis des dizaines d’années
n’a servi qu’à payer les charges de fonctionnement de
l’appareil de l’Etat, sans production de valeur, c’est
donc une lapidation des richesses du pays et une diminution de
la sécurité économique des citoyennes. Ceci sans parler du
bradage des biens publics à des prix sous évalués à des
favoris du pouvoir qui payent par des crédits qu’ils ne
remboursent jamais. Les biens les plus importants du pays ont
été déjà vendus et leur contrepartie financière est déjà
dilapidée.
Les emprunts
publics de 1200 MDT ( FMI, BM, Fond européen de développement
et divers fonds arabes et africains ) et les emprunts privés
de 1100 MDTservent in fine à rembourser les dettes. Plus un
pays s’endette, plus il a des difficultés de rembourser et
les conditions des nouveaux emprunts deviennent de plus
en plus onéreuses. Chaque pays est classé dans une catégorie
de solvabilité. Il reçoit une notation des agences
internationales de notation financière telles Standard &
Poors, etc...Les notes tunisiennes se dégradent de plus en
plus et la position d’emprunt de la Tunisie se déclassent.
Avec des emprunts de plus en plus chers, les remboursements
deviennent de plus en plus difficiles. La perte de la valeur
du Dinar tunisien aggrave les difficultés et rend
d’avantage les remboursements plus chers et plus importants.
La dévaluation du Dinar tunisien n’a pas profité à la
relance de la production et de l’exportation qui s’est
trouvée en perte du 1/3 de son volume et surtout de la
confiance des opérateurs économiques. Donc, elle n’a pu
qu’aggraver la capacité de remboursement du pays. Aucune
politique de relance de la production
pour rendre la dévaluation compétitive
et donc produire plus de volume pour dégager au total
plus de valeur pour rembourser d’avantage. Aucune politique
efficace et claire de restructuration de l’économie n’est
envisagée de peur de s’attaquer au problème des créances
irrécouvrables et donc d’obliger les favoris du Pouvoir à
rembourser leurs dettes. C’est le cœur du blocage politique
des réformes économiques nécessaires à sortir la Tunisie
de la spirale infernale de l’endettement et de
l’appauvrissement.
- Les
créances irrécouvrables du secteur bancaire ont toujours
représenté un « secret
d’Etat »
et un « secret - défense »
pour les favoris du Pouvoir et sa nomenklatura . C’est le cœur
du système mafieux d’Etat. Toutes les banques tunisiennes
présentaient des bilans bénéficiaires. Le FMI,la Banque
Monde et l’Union Européenne considéraient ces bilans comme
« fiables » et analysaient les données de l’économie
tunisienne à leur lumière. Avec l’affaire de la BFT,la
Banque mondiale et l’Union Européenne ont fini par acculer
les autorités tunisiennes à reconnaître le déficit des
banques et leurs créances irrécouvrables .Le chiffre
arrêté en 1998 était de 6 Milliards de Dollars US. Afin
d’amener les autorités tunisiennes qui brandissaient
l’effondrement de l’économie et le non remboursement des
dettes, il a été convenu que le chiffre annoncé serait de 2
Milliards de Dollars US. Soit
officiellement 20,3% du PIB (alors qu’en fait elles représentent
plus des 2/3 du PIB, avec la présentation officielle que les
créances irrécouvrables représentent 85% des créances des
banques commerciales publiques et privées ( en réalités
plus que les fonds propres officiels) et 123% des créances
des banques de développement (publiques et à capitaux mixtes
avec certains pays arabes). Ces chiffres officiels (en deçà
de la réalité) sont en eux-mêmes déjà inquiétants et
montrent le désastre de finances sinistrées et d’une économie
en faillite. Le pouvoir politique a choisi de faire de
nouveaux emprunts pour « régler » ce problème
bancaire grave, enfonçant le pays dans une spirale de
faillite à
retardement mais à explosion inéluctable, tout en refusant
de faire payer ses favoris, ses protégés et ses représentants.
La Tunisie, rentrée dans la spirale du déficit
et de l’endettement de plus en plus difficilement
remboursable, s’achemine vers l’appauvrissement,
les difficultés de paiement et l’insécurité économique.
Le Budget 2002 confirme la tendance et la fuite en avant.
Le dessein délibéré de rendre
la lisibilité des finances publiques et du budget impossible :
-
Les finances publiques et le budget de l’Etat ne
peuvent être lisibles que si les chiffres publics et les
statistiques sont exacts, sincères et fiables.
Or, la
question des états financiers et
des bilans du secteur bancaire tunisien, moteur de l’économie
tunisien, présenté comme bénéficiaire pendant de très
longues années alors qu’il
est déficitaire et dont le déficit dissimulé par la volonté
politique des gouvernants tunisiens, n’a été révélé, en
partie ,que dernièrement et suite à l’intervention des
bailleurs de fonds étrangers ,particulièrement la Banque
Mondiale , l’Union Européenne et le Fonds Monétaire
internationale dans le cadre de leur nouvelles obligations de
transparence et de bonne gouvernance et devant le traitement
judiciaire de l’affaire de la BFT ,laquelle affichait des
fonds propres de 1,3 Million DT et des bénéfices certifiés
par la Banque Centrale de Tunisie et le Ministère des
Finances tunisien, alors que le déficit camouflé ,finalement
reconnu judiciairement , était de 17,5 Million DT.
Ceci ,entre
autres , a établi que les statistiques tunisiennes et les
chiffres des banques et des institutions tunisiennes ne sont
pas fiables, sont maquillés et ne reflètent pas la réalité
financière et économique
exacte du pays. C’est une politique délibérée pour
brouiller les pistes et de tromper les citoyens et les
observateurs. Les données statistiques sont élaborées dans
l’administration qui reçoit des instructions de les
« traiter » ,c’est à dire de les
arranger, puis le maquillage définitif se fait au niveau de
la Présidence de la République. Ceci rappelle la situation
des chiffres de l’Union soviétique à son effondrement, de
l’Indonésie à la chute de Soharto et de l’Argentine fin
2001- début 2002.
Il n’est
donc pas possible de prendre les chiffres officiels tunisiens
comme des chiffres exacts sans non seulement prendre le risque
de se tromper mais avec la certitude de tromper les citoyens
et le Monde. Il y a donc un travail sérieux pour relativiser
les chiffres et essayer de tendre vers les chiffres les
proches possibles de la réalité.
Si la
situation de l’économie
tunisienne est de plus en plus catastrophique, selon
les chiffres officiels, pourtant maquillés, la réalité est
dure et les solutions vont être de plus en plus douloureuses,
mais celles – ci doivent nécessairement passer par le
remboursement du pillage qui a été organisé dans
l’impunité.
2.
La lecture
d’un budget permet de retrouver les dépenses de chaque
Ministère ou de chaque secteur. Ceci exprime les décisions
d’un gouvernement et permet de percevoir la lisibilité de
ses choix politiques. Or, pour dissimuler les décisions et
parasiter la visibilité, les gouvernants actuels ont opter
pour le « brouillage statistique ».Les dépenses
ordonnées par et pour le compte de la Présidence de la République
ou par le Ministère « sensibles » (Intérieur)
sont exécutées par et sur les budgets d’autres ministères
et même hors du budget de l’Etat sur les comptes de
la Banque Centrale de Tunisie ou sur les comptes des banques
étatiques et des
entreprises publiques à caractère administratif ou
commercial et sur le compte de sociétés qui ont pignon sur
rue, détenues apparemment par des privés mais qui sont généralement
des prêtes-noms et
en fait des fonctionnaires de sécurité
détachés qui sont chargés d’infiltrer et de
surveiller tous les opérateurs économiques et de faire des
missions de sécurité sous « couverture ».Il est
donc nécessaire pour avoir une lisibilité minimale des choix
budgétaires d’essayer de retrouver les éléments du puzzle
des dépenses d’un même secteur éparpillées sous diverses
entités et rubriques, de les recoller sous une même rubrique
et de vérifier les données officielles pour les ramener le
plus près possible de la réalité.
Aucune lisibilité du budget de l’Etat
(2002 et autres) et de la situation économique réelle du
pays ne peut se faire sincèrement sans l’effort de réajuster
les statistiques officielles vers plus de fiabilité, de faire
l’audit patrimonial des comptes analytiques de l’Etat et
du secteur public et le choix de l’option de sortir de la
spirale de l’endettement et de l’appauvrissement en
faisant rembourser le pillage et rétablissant la confiance,
moteur de l’économie.
Majid BOUDEN
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