BONUS

MALUS

  Les quatre partis politiques ( FDLT, MDS, PDP, CPR ) qui ont annoncé le 16 novembre dernier la création de la Concordance Démocratique( Alwifek ), ont fait preuve d’un courage politique exemplaire et d’un sens aigu de la responsabilité citoyenne. En enterrant les querelles de personnes et les guerres de leadership, ils ont permis à la démocratie de marquer des points contre la dictature. Grâce à leur démarche, la politique s’en est trouvée quelque peu réhabilitée. Bonne continuité.

  La constitution du  Conseil pour l’Indépendance de la Justice est un acte d’honneur et de bravoure pour tous les Tunisiens et notamment ceux qui ont payé un lourd tribut dans leur combat contre l’arbitraire. Dans un domaine considéré comme la chasse gardée du régime, avocats, magistrats et autres juristes ( tous fiertés de leur pays ) ont asséné un coup dur à la dictature et ouvert une brèche dans l’œuvre indispensable d’indépendance de la justice. Désormais la justice officielle devra souffrir de la comparaison avec le CIJ. L’étau se resserre contre la coalition du mal au pouvoir…

Un grand merci on n’a pas cessé de le répéter pour le Juge Courage Mokhtar Yahyaoui qui a multiplié les actes de vaillance ces derniers temps. Sachant qu’il était sous une menace de révocation, il a continué son combat pour l’indépendance de la justice dans son pays. En Tunisie, où les gens sont accusés de docilité et de frilosité ( un terme résumant tout : khobziste/ gagne pain ), le juge Yahyaoui en refusant toutes les sollicitations du régime pour la coopération et l’abandon de toutes les revendications ; en sacrifiant emploi, argent, pouvoir et tranquillité ; en s’exposant à la privation de ses droits élémentaires au travail, à la libre circulation, à la liberté d’association…. ; il relativise toutes ces idées reçues. Mettre tous les Tunisiens dans le même sac de la nullité est une injure à notre juge et à tous les rebelles comme lui de ce pays.

 Le Dr Sahbi Amri est un autre Citoyen Courage. Depuis des mois, et notamment après ses passages remarqués à la chaîne Almustakillah, une répression systématique s’est abattue contre lui. Agressions physiques, insultes, interrogatoires poussés, tracasseries administratives, privation des droits les plus élémentaires…, sont le lot quotidien du vaillant Dr Amri. Cette situation dangereuse ne l’a pas empêché de crier haro sur la dictature ! C’est un modèle de combativité…Il appartient comme le juge Yahyaoui et beaucoup d’autres à cette Tunisie qui résiste.

 Une présence permanente dans le Bonus nous l’avons réservée à tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons pour délit d’opinion, depuis 12 ans maintenant, pour certains d’entre eux.
Tant qu’ils n’auront pas retrouvé leur liberté, tant qu’ils ne seront pas réhabilités dans tous leurs droits, tant que leurs tortionnaires jouiront de l’impunité ; nous aurons toujours quelque chose sur la conscience. Leur présence sous cette rubrique est une reconnaissance de leur souffrance. Elle est aussi un vibrant hommage à tous ce qu’ils ont consenti pour la liberté de parole et d’expression en Tunisie. Elle est aussi une marque de solidarité avec leurs parents et proches qui endurent mille tourments depuis leur incarcération. 

 La coordination démocratique peine à démarrer. Après un effet d’annonce on ne peut plus réussi ( nous l’avons mentionné sous la rubrique Bonus ), les quatre partis se sont contentés d’un médiocre communiqué relevant plutôt des prérogatives des organisations humanitaires et qui plus est ménageant pour les pouvoirs politiques. La Coordination est un grand pas vers la déchéance du régime dictatorial de Ben Ali, elle n’a pas le droit à la politique au rabais. 

 Le régime dictatorial a ses rentiers, l’opposition, fut-elle démocratique, a ses rentiers aussi.
Le propre des rentiers, c’est qu’ils se complaisent dans le statu quo, ils résistent au changement tout en affirmant le contraire ( plusieurs indices et épiphénomènes permettent de mieux cerner ce comportement ).
S’opposer à la dictature, n’a jamais été une situation de confort ( les voyages, les réceptions, les hôtels, le vedettariat, la médiatisation des personnes et non des causes, les prises en charge…). La plus belle leçon que les opposants puissent donner au régime, c’est de ne pas être et de ne pas faire comme lui !

  L’affaire Eltaïef a permis de démasquer une partie de l’opposition prête à tous les compromis. Cette opération unilatérale de réhabilitation d’une élite, qui a servi de forces de frappe financières et idéologiques au régime de Ben Ali, a été encrassée de médiocrité et d’anomalies graves : déformation et atteinte à la mémoire des Tunisiens ( « période libérale » jusqu’en 93, soutien à la LTDH dans le bras de fer qui l’avait opposé au régime ) ; préparation de l’avenir de la Tunisie dans les ambassades étrangères ; implication unique d’une fraction de l’opposition récidiviste en la matière...
Ces fossoyeurs de ce qui nous reste de souveraineté nationale, ces « opposants de la dernière heure », ces dramaturges du changement dans la continuité, ces stratèges de la manipulation doivent savoir que rien ne sera plus comme avant. Ce long combat contre la dictature a forgé une « vraie opposition », avertie, vigilante et plus inspirée…
La porte n’a jamais été fermée et ne le sera jamais pour les repentis de la dictature. Toutefois, une condition dont ils ne peuvent se dérober indéfiniment : faire un mea-culpa public qui les rachèterait peut-être de leurs fautes et accablerait davantage le régime du mal qu’ils ont servi. 

  Un nouveau Malus est accordé une fois de plus aux amateurs des croisades idéologiques.
Les responsables du PDP doivent regarder à leur droite et à leur gauche s’ils ne veulent pas affaiblir leurs rangs et par conséquent les rangs de l’opposition. Le Forum Almawkif qu’ils voulaient espace de débat et d’échange s‘est transformé en sanctuaire d’extrémistes, nostalgiques du stalinisme dans ses pires excès, jeteurs d’anathème sur leurs adversaires et chantres d’un modèle de société qui veut substituer à la dictature une autre dictature plus sanguinaire érigeant l’extermination en système.  

 

Bonus-Malus : Introduction
                          1er Numéro 

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